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Château de Louvignies

Catalogue des oeuvres
liées à l'antiquité gréco-romaine

réalisé avec le soutien du programme PECA (FWB) par la section latine de l'Athénée Royal de Dour (2021-2022) en partenariat avec
les Archives & Musée de la Littérature,
l'Atelier de l'Imagier
et l'Artothèque de Mons
les élèves de Madame Libiez : Pierre Ates, Noémie Avaux, Lilla Baneton, Adam Boudart, Yaëlle Corbeau, Kimberley Denis, Lucia Di Pasquale, Solène Dubart, Noah Hallez, Tiphaine Kraus, Louis Laurent, Eva Mancino, Ugo Mariage, Arthur Mietlicki, Nicolas Nowakowski, Aïko Pierart, Monica Rendina, Lune Richoux, Elea Sakala, Jann Segers, Matthias Ubycha, Lara Van Britsom, Klara Wrincq

L'enlèvement d'Hélène

Huile sur toile, 92.2 x 62.1 cm [cliché AML 01678/0003]
Description & Analyse Original Sources latines

À l’avant plan, on peut observer deux personnages qui se distinguent des autres. Il s’agit de Pâris et d'Hélène accompagnés de leurs amis et d’une servante.

On distingue également à l’avant plan, Cupidon, fils d’Aphrodite. Il nous fixe du regard comme pour nous interpeler. Cupidon montre du doigt les amoureux et l’on peut apercevoir son pied posé sur des ruines.

Peut-être le peintre a-t-il voulu évoquer la future ruine de Troie, causée par les deux amants.

On remarque aussi dans le ciel un autre Putti qui tient un flambeau. Une autre allusion à la destruction de Troie par les flammes.

Au centre de la peinture, on observe un chien et un singe. Ils représentent le bien et le mal.

À l’arrière-plan, on peut voir des navires qui quittent les côtes ; le vent s’engouffre dans leurs voiles et les en éloigne. L’homme à l’avant plan invite d’un geste de la main Pâris et Hélène à prendre place sur l’un de ces bateaux ; on comprend qu'il s'agit de l’enlèvement d’Hélène par Pâris.

La palette de couleurs qu’a utilisée l’artiste, des tons plutôt chauds et chaleureux, rend la scène joyeuse et nous fait connaître l’interprétation du peintre concernant cet enlèvement : Hélène n’est pas partie contre son gré.

L’œuvre raconte l’histoire d’amour entre Hélène et Pâris.

Cette histoire commence au mariage de Thétis et Pélée, auquel tous les dieux étaient invités sauf Eris, la déesse de la Discorde.

Apprenant ceci, Eris n’est pas ravie et décide de s’inviter. Elle arrive avec un présent, une pomme. Cette pomme est destinée à la plus jolie femme de l’assemblée. Très vite, trois déesses se la disputent : Héra, Athéna et Aphrodite.

Zeus n’étant pas impartial (il est le mari d’Héra, le père d’Athéna et le frère d’Aphrodite), il les envoie sur Terre pour voir Pâris qui sera juge de leur beauté.

Pour s’assurer la victoire, Athéna propose à Pâris la réussite à la guerre, Héra lui promet la richesse tandis qu’Aphrodite lui promet l’amour de la plus belle des femmes, Hélène.

C’est ce dernier présent qui aura raison de Pâris. Il donne la pomme à Aphrodite et part conquérir la belle Hélène. Celle-ci étant déjà mariée, il l’enlève et la ramène à Troie. Le mari de cette magnifique femme n’est autre que le roi de Spartes, Ménélas. Ce dernier tente de récupérer son épouse en faisant voile vers Troie.

Débute alors la terrible guerre de Troie, qui durera 10 longues années et aura pour issue la ruine de la cité sous les flammes.

Guido RENI (1575-1642) Huile sur toile (1631), 253 x 265 cm Musée du Louvre, Inv. 539

200 quaerere si nescis,maxima cura fuit.

adde quod, ut cupias constans in amore manere,

non potes. expediunt iam tua vela Phryges;

dum loqueris mecum, dum nox sperata paratur,

qui ferat in patriam, iam tibi ventus erit.

205 cursibus in mediis novitatis plena relinques

gaudia; cum ventis noster abibit amor.

an sequar, ut suades, laudataque Pergama visam

pronurus et magni Laomedontis ero?

Et je me suis, si tu l'ignores, enquise avec le plus grand soin de tout ce qui te regarde. Tu voudrais demeurer constant dans ton amour, que tu ne le pourrais même pas : déjà les Phrygiens déploient tes voiles. Tandis que tu t'entretiens avec moi, tandis que s'avance la nuit désirée, déjà souffle le vent qui te doit porter dans ta patrie. Tu abandonneras au milieu de leur cours des joies toutes nouvelles : avec les vents s'envolera notre amour.

Te suivrai-je comme tu me le conseilles ? Verrai-je Troie si vantée, et serai-je la bru du grand Laomédon ?

Ovide, Héroïdes, lettre 17, 200-208
Traduction de Théophile Baudement publiée sous la direction de M. Nisard, maître de conférence à l’école normale de Paris, éditeurs, rue de Seine n. 33, 183.

César remet Cléopâtre sur le trône

Huile sur toile [cliché AML 01678/0001]
Description & Analyse Original Sources latines

Au premier plan, nous apercevons trois personnages. Au centre, un général romain au passé victorieux – sa couronne de laurier nous l’indique – il s’agit de Jules César. A sa droite, une femme assez puissante puisque l’on peut voir que sa traine est soutenue par deux suivantes ; il s’agit ici de Cléopâtre. À droite de la peinture se trouve une femme qui a l’air plus renfermée, presque délaissée, elle a un regard de jalousie. On remarque qu’elle se trouve sur la marche juste en dessous de Cléopâtre, ce qui accentue cet effet d’abandon. Ces sentiments sont encore accentués par la tenue sombre en comparaison aux couleurs utilisées pour le reste de l’œuvre ; il s’agit d’Arsinoé, la sœur de Cléopâtre.

Au second plan, nous voyons des soldats romains, sûrement venus soutenir Cléopâtre et César. Il y a aussi les deux suivantes de la future reine. Des instruments de musique sont aussi présents, comme des tubas, ces longues trompettes.

Au troisième plan, le peintre a représenté des monuments romains et de la végétation.

La scène qu’a décrite le peintre est une scène de fête, le jour où Cléopâtre, châssée par son frère Ptolémée XIII et sa sœur Arsinoé, réintègre le trône d’Égypte, grâce à César.

Jules César avait acquis richesse, popularité et donc pouvoir grâce à la guerre des Gaules. Trop de pouvoir aux yeux des plus influents de ses contemporains puisque le Sénat s’opposa à lui, le poussant à l’affrontement. Une guerre civile opposa pendant près de 5 années le camp de César à celui des sénateurs, mené par Pompée. Mais rapidement Pompée dut fuir et fit le choix funeste de l’Égypte. Débarqué à Alexandrie, Ptolémée XIII commande sa décapitation, pensant plaire à César. Arrivé à son tour à Alexandrie, César se mêle des affaires de l’Égypte. C’est là qu’il rencontre Cléopâtre, entretient une relation avec elle et la fait reine. Assurément était-il sous le charme mais l’acte est également politique : en se débarassant de Ptolémée XIII et d’Arsinoé, et en plaçant Cléopâtre sur le trône, Rome avait un œil sur la gestion de l’Égypte, l’une des plus riches contrées de l’antiquité.

Pierre de CORTONE (1596-1669) Huile sur toile (ca 1637), 255 x 266 cm Musée des Beaux-Arts de Lyon, Inv. A 53

Dilexit et reginas, inter quas Eunoen Mauram Bogudis uxorem, cui maritoque eius plurima et immensa tribuit, ut Naso scripsit ; sed maxime Cleopatram, cum qua et conuiuia in primam lucem saepe protraxit et eadem naue thalamego paene Aethiopia tenus Aegyptum penetrauit, nisi exercitus sequi recusasset, quam denique accitam in urbem non nisi maximis honoribus praemiisque auctam remisit filiumque natum appellare nomine suo passus est. Quem quidem nonnulli Graecorum similem quoque Caesari et forma et incessu tradiderunt. M. Antonius adgnitum etiam ab eo sena tui adfirmauit, quae scire C. Matium et C. Oppium reliquosque Caesaris amicos; quorum Gaius Oppius, quasi plane defensione ac patrocinio res egeret, librum edidit, non esse Caesaris filium, quem Cleopatra dicat.

Il aima aussi des reines, entre autres, Eunoé, femme de Bogud, roi de Mauritanie; et, au rapport de Nason, il lui fit, ainsi qu'à son mari, de nombreux et d'immenses présents. Mais il affectionna surtout Cléopâtre; et il leur arriva souvent de prolonger leurs repas jusqu'au jour. Il remonta le Nil avec elle sur un vaisseau pourvu de cabines; et il aurait traversé ainsi toute l'Égypte et pénétré jusqu'en Éthiopie, si l'armée n'eût refusé de les suivre. Enfin il la fit venir à Rome, et ne la renvoya que comblée d'honneurs et de récompenses magnifiques; il souffrit même que le fils qu'il eut d'elle fût appelé de son nom. Quelques auteurs grecs ont écrit que ce fils lui ressemblait pour la figure et la démarche; M. Antoine affirma, en plein sénat, que César l'avait reconnu et il invoqua le témoignage de C. Matius, de C. Oppius, et des autres amis du dictateur. Mais Gaius Oppius crut nécessaire de le défendre et de le justifier sur ce point, et publia un livre pour démontrer que le fils de Cléopâtre n'était pas, comme elle le disait, fils de César.

Suétone, Vie de César, LII

Achille découvert parmi les filles de Lycomède

Huile sur toile, 48.7 x 57.3 cm [cliché AML 01678/0006]
Description & Analyse Original Sources latines

Au premier plan, dans une robe rouge, on voit Achille soulevant un glaive de la table centrale. Il est tourné vers Ulysse. Achille est au milieu de la peinture et est le personnages le plus lumineux. Il a un casque doré avec des plumes blanches. Il est pieds nus, comme la femme assise devant la table en robe verte et blanche. Elle le regarde, le visage tourné vers la gauche et l’arrière. Une posture non naturelle. Elle a des broches rouges dans les cheveux. Dans le dos d’Achille se trouve une enfant portant une robe dorée, une poupée dans ses bras. Derrière l’enfant, deux femmes sont assises, l’une des deux tient un objet avec un ruban rouge en main, elles le fixent. Ulysse se trouve à gauche de la table, le bras levé vers Achille. A ses pieds se trouve un coffre ouvert, rempli de cadeaux pour les filles. Au milieu de ces objets féminins, se cxachait le glaive qu’Achille tient à présent dans sa main. Ulysse est accompagné de trois hommes, les personnages les plus éclairés sont à droite de la table.

Au deuxième plan, derrière Ulysse et ses compagnons on peut apercevoir un soldat, on voit son casque et sa lance. Derrière la table il y a deux individus, une femme sombre vêtue de doré et un autre personnage qu’on peut à peine voir. A droite, une femme regarde la scène. Les traits de ces trois personnages sont beaucoup moins détaillés. Derrière les personnages à gauche, se trouve une arche avec des moulures de deux femmes. A travers l’arche, on aperçoit des bâtiments blancs, un balcon avec une statue et le ciel partiellement couvert. Un pilier sépare l’arche du drap bleu qui traverse le reste du décor à droite.

Achille est un héros légendaire de la guerre de Troie, fils de Pélée, roi de Pythie en Thessalie, et de Thétis, une nymphe marine.

La scène représentée sur cette toile précède la guerre de Troie. La belle Hélène vient d’être enlevée par Pâris et Ménélas, roi de Sparte et époux d’Hélène, rassemble une immense flotte grecque pour tenter de la récupérer, à Troie. Achille est attendu pour rejoindre les rangs grecs. Mais sa mère, Thétis, tente de l’en dissuader car elle sait que, si cette guerre rendra le nom de son fils illustre pour l’éternité, il y perdra aussi la vie. Elle cache alors Achille dans le château du roi Lycomède, au milieu de ses nombreuses filles. Lorsqu’Ulysse se rend à Scyros, impossible pour lui de reconnaître Achille, déguisé en femme. Le plus rusé des rois grecques, Ulysse aux mille tours, utilise une ruse pour démasquer Achille : il fait sonner les cloches de guerre tout en jetant aux pieds des filles de Lycomède un coffre empli de vêtments, bijoux et autres cadeaux auxquels les femmes sont sensibles. Mais parmi ceux-ci, un glaive et un casque. Tandis que toutes se jettent sur les dons splendides, seul Achille, au chant guerrier, se jette sur les armes. Le voilà démasqué.

Gérard de LAIRESSE (1641-1711) Huile sur toile (ca 1675), 150.5 x 181.4 cm Musée National de Stockholm, NM 494

Thetis Nereis cum sciret Achillem filium suum, quem ex Peleo habebat, si ad Troiam expugnandam isset, periturum, commendavit eum in insulam Scyron ad Lycomedem regem, quem ille inter virgines filias habitu femineo servabat nomine mutato ; nam virgines Pyrrham nominarunt, quoniam capillis flavis fuit et Graece rufum pyrrhon dicitur. Achivi autem cum rescissent ibi eum occultari, ad regem Lycomeden oratores miserunt qui rogarent ut eum adjutorium Danais mitteret. Rex cum negaret apud se esse, potestatem eis fecit ut in regia quaererent. Qui cum intellegere non possent quis esset eorum, Ulixes in regio vestibulo munera feminea posuit, in quibus clipeum et hastam, et subito tubicinem jussit canere armorumque crepitum et clamorem fieri iussit. Achilles hostem arbitrans adesse vestem muliebrem dilaniavit atque clipeum et hastam arripuit. Ex hoc est cognitus suasque operas Argivis promisit et milites Myrmidones.

Quand la Néréide Thétis apprit que son fils Achille, qu'elle avait eu de Pélée, périrait s'il allait combattre à Troie, elle le recommanda à la protection du roi Lycomède, dans l'île de Scyros ; celui-ci le cachait au milieu de ses filles, sous des habits de femme et sous un nom d'emprunt : les vierges le nommaient Pyrrha, parce qu'il avait les cheveux blonds et qu'en grec Pyrrhon est le nom que l'on donne aux roux. Mais les Achéens apprirent que c'était là qu'on le cachait, et envoyèrent au roi Lycomède des émissaires pour le prier de l'envoyer au secours des Danaens. Le roi prétendit qu'il n'était pas ici, mais les autorisa à fouiller le palais : peine perdue ! ils étaient incapables de le reconnaître. Alors Ulysse déposa dans le vestibule du roi des cadeaux de femmes, au milieu desquels il mit un bouclier et une lance. Et subitement, il fit sonner de la trompette, entrechoquer des armes et pousser de grands cris : Achille, croyant à l'arrivée d'un ennemi, se débarrassa de ses habits de femme et s'empara du bouclier et de la lance. Voilà comment il fut reconnu : il promit son aide aux Argiens, ainsi que celle de ses soldats Myrmidons.

Hygin, Fables, 96
Agnès Vinas 2009

Marcus Curius Dentatus refusant les présents des Samnites

Huile sur toile [cliché AML 01678/0002]
Description & Analyse Parallèle pictural Sources latines

A l'avant-plan, nous pouvons voir Marcus Curius Dentatus en train de cuisiner les produits de sa terre dans son humble demeure, entouré de sa femme et son fils, refusant d'un geste de la main les présents des ambassadeurs samnites debout sur la droite.

En arrière-plan, on peut distinguer un bouclier, une épée dans son fourreau et un casque, qui représentent littéralement le fait que Dentatus, l'ancien soldat victorieux, a désormais "raccroché". Dans l’ombre, 3 formes rondes.

Jean-François Pierre PEYRON (1744-1814) Huile sur toile (1787), 117 x 163 cm Musée Calvet, D 876.1

Ergo in hac vita M'. Curius, cum de Samnitibus, de Sabinis, de Pyrrho triumphasset, consumpsit extremum tempus aetatis. Cuius quidem ego villam contemplans (abest enim non longe a me) admirari satis non possum vel hominis ipsius continentiam vel temporum disciplinam. Curio ad focum sedenti magnum auri pondus Samnites cum attulissent, repudiati sunt; non enim aurum habere praeclarum sibi videri dixit, sed eis qui haberent aurum imperare.

M'. Curius, après avoir triomphé des Samnites, des Sabins, de Pyrrhus, passa le reste de ses jours à cultiver les champs. Sa maison de la Sabine n’est pas loin de chez moi ; je la vois souvent, et je ne puis me lasser d’admirer le désintéressement de ce grand homme et les mœurs de son siècle. Curius étant assis près de son foyer, les Samnites lui vinrent offrir de l’or à pleines mains ; il les renvoya en leur disant : « Ce qui me paraît digne d’envie ce n’est pas d’avoir de l’or, mais de commander à ceux qui en ont. »

Cicéron, De la vieillesse, 55
M. A. Lorquet

L'enlèvement de Proserpine

Huile sur toile, 81 x 103 cm [cliché AML 01678/0004]
Description & Analyse Parallèle pictural Sources latines

À l’avant plan, on peut voir Proserpine à moitié dénudée qui a l’air de se débattre. Elle se fait enlever par Pluton, le dieu des enfers, dans un char tiré par des chevaux et des Putti. On peut également voir sur le sol, la corbeille de fleurs de Proserpine qui lui a été arrachée.À l’avant plan, on peut voir Proserpine à moitié dénudée qui a l’air de se débattre. Elle se fait enlever par Pluton, le dieu des enfers, dans un char tiré par des chevaux et des Putti. On peut également voir sur le sol, la corbeille de fleurs de Proserpine qui lui a été arrachée.

À l’arrière-plan, nous observons des nymphes, qui tentent de retenir Proserpine pour qu’elle ne se fasse pas enlever. Elles ont l’air triste et effrayées.

On peut voir que le tableau est séparé en 2 parties : la première, où se trouvent les nymphes, calmes et paisibles, où le ciel est bleu et où il y a un arbre. Tandis que dans l’autre partie (les enfers), celle où se trouvent Pluton et Proserpine, tout a l’air chaotique, il fait sombre et on dirait qu’il y a du feu. Les Putti semblent malveillants, on peut deviner que Proserpine n’ira pas dans un endroit joyeux.

Un jour, alors que Pluton, le dieu des Enfers, était dans son palais souterrain, un terrible tremblement de terre fut déclenché à la suite d’une éruption de l’Etna. Mais celui qui est véritablement à l’origine de ce phénomène est Typhon. Ce géant fut puni et enfermé sous l’Etna par Jupiter lui-même pour avoir osé s'attaquer à l'Olympe. Depuis ce jour, Typhon tente de se libérer de ses chaînes. Il hurle, secoue le monde, crache des torrents de lave, …

Pluton, dont le royaume fut troublé par la force de cette secousse, décida de monter à la surface pour voir ce qu’il en était. Sur son char, tiré par des chevaux noirs, il parcourut l’île de Trinacrie pour vérifier que son territoire ne soit pas menacé. Tout lui parut solide et il s’apaisa.

Pendant ce temps, du haut du mont Eryx, la déesse de l’amour, Vénus, observait la scène. Ayant appris que Proserpine comptait rester vierge comme Minerve et Diane et par conséquent, rejeter les lois de l’amour, celle-ci fut vexée. Elle ne laissera pas Proserpine lui faire le même affront. La déesse demanda alors à son fils, Cupidon, de décocher l’une de ses flèches sur Pluton pour qu’il épouse sa nièce. Cupidon obéit à sa mère et toucha le cœur de Pluton d’une flèche instantanément.

Sur cette même île, dans une clairière où semblait régner un printemps éternel, Proserpine, fille de Cérès, cueillait des fleurs en compagnie de ses amies les nymphes. Celle-ci récoltait des lys et des violettes dans des corbeilles lorsque, soudain, Pluton l’aperçut. Il ressentit un amour si fort pour elle qu’il décida de la kidnapper. Ne pouvant pas se résoudre à partir sans elle, le dieu se saisit de Proserpine et l’emporta sur son char. La jeune fille avait beau crier, appeler sa mère à la rescousse, rien n’y faisait. Sa robe se déchira, ses fleurs se répandirent sur le sol. Mais Pluton était déterminé, ses chevaux allaient de plus en plus vite. Ils traversaient plaines, lacs et vallées. Il sortit son sceptre, fendit la terre et ils s’engouffrèrent dans les Enfers.

Cérès, déesse de l’agriculture, se rendit compte de la disparition de sa fille et se mit à la chercher encore et encore mais en vain. Désespérée et en colère, elle punit la Sicile tout entière. Les récoltes de l’île devinrent misérables, les paysans furent frappés par la mort tout comme les troupeaux de bêtes, l’agriculture était réduite à néant.

La nymphe Aréthuse, voyant ce désastre alla voir Cérès pour la raisonner. Elle lui demanda d’arrêter de punir les humains car elle savait où était sa fille. En effet, elle avait vu Proserpine au bord du Styx et lui expliqua que celle-ci régnait maintenant sur les Enfers aux côtés de Pluton. Cérès sollicita alors le père de Proserpine qui n'est autre que Jupiter. Le dieu fut partagé entre son frère et sa sœur. Il décida alors de partager l’année en deux parts égales. Proserpine passera dès lors six mois sous terre avec son mari et six mois à la surface avec sa mère. Cérès fut apaisée et c’est ainsi que furent créées les saisons. L’hiver et l’automne correspondent aux six mois où Proserpine se trouve sous terre. Les récoltes sont moins bonnes puisque Cérès est trop triste pour les gérer. Le printemps et l’été correspondent aux retrouvailles de Proserpine et de sa mère. Cérès est heureuse et peut pleinement exercer ses fonctions.

Charles de La Fosse (1636-1716) Huile sur toile (1673), 115 x 181 cm Musée du Louvre, INV 4536

390 frigora dant rami, Tyrios humus umida flores:

perpetuum ver est. quo dum Proserpina luco

ludit et aut violas aut candida lilia carpit,

dumque puellari studio calathosque sinumque

inplet et aequales certat superare legendo,

395 paene simul visa est dilectaque raptaque Diti:

usque adeo est properatus amor. dea territa maesto

et matrem et comites, sed matrem saepius, ore

clamat, et ut summa uestem laniarat ab ora,

collecti flores tunicis cecidere remissis

400 tantaque simplicitas puerilibus adfuit annis,

haec quoque virgineum mouit iactura dolorem.

raptor agit currus et nomine quemque vocando

exhortatur equos, quorum per colla iubasque

excutit obscura tinctas ferrugine habenas (...)

Là règnent, avec les Zéphyrs, l'ombre, la fraîcheur, un printemps éternel; là, dans un bocage, jouait Proserpine. Elle allait, dans la joie ingénue de son sexe et de son âge, cueillant la violette ou le lis, en parant son sein, en remplissant des corbeilles, en disputant à ses compagnes à qui rassemblerait les fleurs les plus belles. Pluton l'aperçoit et s'enflamme. La voir, l'aimer, et l'enlever, n'est pour lui qu'un moment. La jeune déesse, dans son trouble et dans son effroi, appelle en gémissant sa mère, ses compagnes, et sa mère surtout. Sa moisson de lis s'échappe de sa robe déchirée.

Ô candeur de son âge ! Dans ce moment terrible la perte de ses fleurs excite encore ses regrets. Cependant le ravisseur hâte ses coursiers; il les excite et les nomme tour à tour. Il agite sur leur cou, sur leur longue crinière les rênes et le frein que rouille et noircit leur écume,…

Ovide, Métamorphoses, V, 390-404
Traduction de G.T. Villenave, Paris, 1806 (en ligne)

Lustre "bacchique"

Description & Analyse Sources latines

Sur ce lustre, il y a des grappes de raisin rappelant donc Bacchus qui est à l’origine le dieu de la fertilité mais considéré comme le dieu du vin. Le visage de ce dieux est également représenté sur le lustre.

Et tout en haut de ce lustre, se trouvent les bacchantes, qui étaient l’équivalent des Ménades grecques. Elles accompagnaient Bacchus, de la même façon que les Ménades accompagnaient Dionysos, équivalent grec de Bacchus.

Chez Homère, par exemple, Bacchus est considéré comme un des douze dieux de l'Olympe dont le rôle est d'enseigner l'art de planter la vigne et de recueillir le vin de la treille. Ses dons divins lui valent une grande renommée. Il est un dieu du peuple, pour lequel les plus nobles ne témoignent que peu d'intérêt. Pisistrate institue en son honneur à Athènes quatre fêtes : les Grandes Dionysies, les Anthestéries, les Lénéennes, et les Petites Dionysies champêtres. Dionysos, le nom grec de Bacchus, symbolise la suprématie de la passion, de l'enthousiasme sur la raison. Dionysos a dû se battre pour prouver qu'il était digne de l'Olympe. Il a dû s'exiler, voyager et mener des combats grandioses, déjouer les pièges, multiplier les prodiges, étouffer les complots d'Héra, supprimer les incrédules pour imposer sa divinité et gagner le Ciel. Les bacchanales étaient des fêtes religieuses célébrées dans L'Antiquité. Liées aux mystères dionysiaques elles se tenaient en l’honneur de Dionysos-Bacchus, dieu du vin, de l'ivresse et des débordements, notamment sexuels. Inspirées des anciennes fêtes dionysiaques grecques, les cérémonies des bacchanales furent introduites en Italie où, se mêlant à d'autres coutumes, elles servirent bientôt de prétexte aux orgies et aux désordres les plus extravagants.

385 Nec non Ausonii, Troia gens missa, coloni

uersibus incomptis ludunt risuque soluto,

oraque corticibus sumunt horrenda cauatis,

et te, Bacche, uocant per carmina laeta tibique

oscilla ex alta suspendunt mollia pinu.

390 Hinc omnis largo pubescit uinea fetu,

complentur uallesque cauae saltusque profundi

et quocumque deus circum caput egit honestum.

Ergo rite suum Baccho dicemus honorem

carmibus patriis lancesque et liba feremus ;

395 et ductus cornu stabit sacer hircus ad aram,

pinguiaque in ueribus torrebimus exta colurnis.

De même mes paysans Ausoniens, race envoyée de Troie, jouent à des vers grossiers, en riant à gorge déployée, prennent de hideux masques d’écorce creusée, t’invoquent Bacchus, par des chants d’allégresse, et suspendent en ton honneur au haut d’un pin des figurines d’argile. Dès lors tout le vignoble donne des fruits à foison ; ils emplissent le creux des vallons et les fourrés profonds et tous les lieux où le dieu montre sa tête vulnérable. Donc et selon le rite, nous dirons l’honneur qui est dû à Bacchus en chantant les cantiques de nos pères, et nous lui porterons des plats et des gâteaux sacrés ; conduit par la corne, le bouc sacré se tiendra près de l’autel, et nous rôtirons ses grasses entrailles sur des broches de coudrier.

Virgile, Géorgiques, II, 385-396

La ronde des Putti

Huile sur toile [cliché AML 01678/0005]
Description & Analyse Sources latines

Nous observons tout d’abord 10 Putti de différentes couleurs de peau, disposés de manière à nous faire penser à une ronde.

En avant-plan, un Amour attire l’œil par sa blancheur tandis qu’un autre verse de l’eau. Nous trouvons aussi un étui et des flèches ainsi qu’un masque.

Au second plan, les Putti représentés sont déjà plus foncés.

Au dernier plan, l’un des Putti est noir et ne se distingue que par une boucle d’oreille. Nous apercevons plusieurs instruments : un Amour est occupé à jouer un air de flûte alors que celui d’en face, placé à l’exact parallèle, tient dans ses mains des cymbales.

Les Putti, aussi appelés Amours ou Erotes sont apparus principalement dans l’art italien à la Renaissance avant de se propager dans l'Europe entière. L’origine mythologique de ces êtres reste malgré tout très floue car ils sont très peu représentés en littérature contrairement aux arts visuels de l’époque comme la peinture, la gravure voire la sculpture. Ils figurent sur beaucoup d’œuvres faisant des rondes ou des danses avec toutes sortes d’instruments.

At Psyche statim resurgentis eius crure dextero manibus ambabus adrepto sublimis evectionis adpendix miseranda et per nubilas plagas penduli comitatus extrema consequia tandem fessa delabitur solo.

Nec deus amator humi iacentem deserens inuolauit proximam cupressum deque eius alto cacumine sic eam grauiter commotus adfatur : « Ego quidem, simplicissima Psyche, parentis meae Veneris praeceptorum immemor, quae te miseri extremique hominis devinctam cupidine infimo matrimonio addici iusserat, ipse potius amator aduolaui tibi. Sed hoc feci leviter, scio, et praeclarus ille sagittarius ipse me telo meo percussi teque coniugem meam feci, ut bestia scilicet tibi uiderer et ferro caput excideres meum quod istos amatores tuos oculos gerit. »

Mais au moment où il se lève, Psyché saisit à bras-le-corps sa jambe droite, s'y cramponne, le suit dans son essor, tristement suspendue à lui jusqu'à la région des nuages ; et lorsqu'enfin la fatigue lui fait lâcher prise, elle tombe sans mouvement par terre.

Cupidon attendri répugne à l'abandonner en cet état : il vole sur un cyprès voisin ; et d'une voix profondément émue : Trop crédule Psyché, dit-il, pour vous j'ai enfreint les ordres de ma mère. Au lieu de vous avilir, comme elle le voulait, par une ignoble passion, par un indigne mariage, je me suis moi-même offert à vous pour amant.

Imprudent ! je me suis, moi, si habile archer, blessé d'une de mes flèches, j'ai fait de vous mon épouse. Et tout cela, pour me voir pris pour un monstre, pour offrir ma tête au fer homicide, sans doute parce qu'il s'y trouve deux yeux trop épris de vos charmes.

Apulée, Métamorphoses, V, 24, 1-4

La bataille d'Arbelles

Girard AUDRAN (1640-1703) Gravure (1674), 77.4 x 167 cm [cliché AML 01678/0007]
Description & Analyse Original Sources latines

À l’avant-plan, nous pouvons voir une scène de guerre avec des soldats de chaque camp. Des chariots détruits, des soldats et chevaux à terre.

Au second plan, se trouve la scène principale. En son centre, Alexandre le Grand, survolé d’un aigle, et juste derrière lui, un prophète qui clame la victoire imminente de la Macédoine, le doigt pointé en direction de l’aigle. Alexandre semble plus lumineux que le reste de la gravure comme si une lumière céleste l’éclairait. Nous avons aussi au second plan le roi Darius III sur son char, à droite de la gravure.

À l’arrière-plan, à droite, nous pouvons voir les éléphants perses montés par des soldats.

Au bas de la gravure, nous trouvons l’inscription : La vertu est digne de l’Empire du monde. Digna orbis Imperio virtus.

Alexandre Le Grand est le fils de Philippe II, roi de Macédoine, et Olympias. Il est né le 21 juillet 356 a. C. et il est mort le 11 juin 323 a. C. Alexandre fut exilé par son père mais quelques années après, ce dernier mourut. Ce qui faisait d’Alexandre le plus jeune roi de Macédoine, à ses 20 ans.

Mais malgré sa jeunesse, Alexandre fut l’un des plus grands rois. Il se démarquait notamment par son envie de rassembler en un seul et unique peuple les cités grecques et la Macédoine afin d'envahir l’Empire perse. À la tête d’une immense armée loyale, il arrive en Mésopotamie en juillet 331 a. C., où règne le roi perse, Darius III. Pour Alexandre, le seul moyen de rassembler les peuples est de n’avoir qu’un seul roi.

C’est alors qu’eut lieu la bataille d’Arbèles. Darius l’emportait par le nombre mais Alexandre, fin stratège, vainquit l’armée perse, sur son cheval, protégé par la grâce des dieux. On raconte qu’au milieu du combat, un aigle, planant au-dessus du roi macédonien, avait annoncé la victoire. Alexandre poursuit son chemin de conquête jusqu’en Égypte et même jusqu’au Pakistan. Il meurt à son retour des conquêtes à Babylone en 323 a. C.

Charles LE BRUN (1619-1690) Huile sur toile (1668-1669), 470 x 1265 cm Musée du Louvre, Inv. 2895

Curru Dareus, Alexander equo vehebatur : utrumque delecti tuebantur, sui immemores ; quippe, amisso rege, nec volebant salui esse nec poterant ; ante oculos sui quisque regis mortem occumbere ducebat egregium. Maximum tamen periculum adibant, quos maxime tuebantur : quippe sibi quisque caesi regis expetebat decus. Ceterum, siue ludibrium oculorum sive vera species fuit, qui circa Alexandrum erant vidisse se crediderunt paululum super caput regis placide volantem aquilam, non sono armorum, non gemitu morientium territam, diuque circa equum Alexandri pendenti magis quam uolanti similis adparuit. Certe vates Aristander, alba veste indutus et dextra praeferens lauream, militibus in pugnam intentis avem monstrabat, haud dubium victoriae auspicium. Ingens ergo alacritas ac fiducia paulo ante territos accendit ad pugnam, utique postquam auriga Darei, qui ante ipsum sedens equos regebat, hasta transfixus est. Nec aut Persae aut Macedones dubitauere quin ipse rex esset occisus.

Darius était monté sur son char, Alexandre à cheval, tous deux avaient à leurs côtés une troupe de guerriers d’élite qui s’oubliaient pour la défense de leur roi : si leur roi venait à périr, ils ne voulaient ni ne pouvaient lui survivre : mourir sous ses yeux était pour les uns et les autres le comble de l’honneur. Toutefois, le plus grand danger était pour qui se tenait le plus près de la personne royale, chacun ambitionnant, de son côté, la gloire de tuer le monarque ennemi. Au reste, soit illusion, soit réalité, ceux qui environnaient Alexandre, crurent voir un aigle planer d’un vol paisible un peu au-dessus de sa tête, sans s’effrayer du bruit des armes, ni des gémissements des mourants, et pendant longtemps il leur parut se suspendre en l’air plutôt que voler autour du cheval. Ce qu’il y a de certain, c’est que le devin Aristander, vêtu de blanc, et portant à sa main une branche de laurier, montra aux soldats, dans le fort de la bataille, un oiseau, présage infaillible de la victoire. Dès lors la joie et la confiance animèrent au combat ces hommes naguère frappés d’épouvante ; ce fut bien davantage encore, lorsque le conducteur des chevaux de Darius, assis devant lui dans le char, tomba percé d’un coup de javelot, et que Perses et Macédoniens ne doutèrent plus que le roi n’eût été tué lui-même.

Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre le Grand, IV, 15

Catalogue des œuvres liées à l’antiquité gréco-romaine
du château de Louvignies

Projet réalisé avec le soutien du programme PECA (FWB)

Responsable du projet Sophie Libiez
Travail de recherche les 5e et 6e années, section latine, de l’Athénée Royal de Dour, année académique 2021-2022
(Pierre Ates, Noémie Avaux, Lilla Baneton, Adam Boudart, Yaëlle Corbeau, Kimberley Denis, Lucia Di Pasquale, Solène Dubart, Noah Hallez, Tiphaine Kraus, Louis Laurent, Eva Mancino, Ugo Mariage, Arthur Mietlicki, Nicolas Nowakowski, Aïko Pierart, Monica Rendina, Lune Richoux, Elea Sakala, Jann Segers, Matthias Ubycha, Lara Van Britsom, Klara Wrincq)
Design et développement Archives & Musée de la Littérature
Numérisation des œuvres Atelier de l’Imagier
Conseil en histoire de l’art Artothèque de Mons
Prises de vue et montage vidéo Adam Boudart
Conception de la mascotte Eva Mancino

Nous tenons à remercier Madame Florence de Moreau de Villegas de Saint-Pierre et toute l'équipe du Château de Louvignies pour leur collaboration et leur accueil.